Les conversations quelque soit leurs formes sont le socle de notre vie en société

Les conversations

Guillaume Villemot

Tribune de Guillaume Villemot Fondateur du Festival des Conversations

Des conversations aux conversations 3.0

Combien de fois par jour nous énervons nous devant notre boîte mail en trouvant que la plupart des messages que nous recevons auraient pu être remplacés par un appel ou même mieux par un contact physique avec notre collègue du bureau d’en face ?

En entreprise nous sommes sortis de notre concentration toutes les 10 minutes par l’arrivée d’un e-mail, par un appel ou un SMS, téléphone portable que nous touchons près de 200 fois par jour.

Une étude réalisée par l’Observatoire sur la Responsabilité Sociale de l’entreprise, en octobre 2011 mettait en avant le côté isolant des mails par rapport à ses collègues, 38 % des personnes interrogées dans le cadre de cette étude reçoivent en réalité plus de 100 mails par jour et considèrent que cet afflux isole et décourage les conversations physiques.
Le principe de précaution est venu régir une grande partie de nos vies. « En écrivant, et en mettant tout le monde en copie je me protège, je me couvre », mot passé dans le langage courant de l’entreprise. Ces excès ont fait qu’un volet de la loi travail de 2016 est consacré désormais au droit à la déconnexion et donc au fait que nous ne soyons plus obligés de répondre sans cesse aux messages professionnels que nous recevons hors de nos bureaux.
Et pourtant je suis convaincu que nous avons devant nous de plus en plus de fenêtres de conversations qu’il nous reste à découvrir et à apprivoiser.

Déjà, replaçons les conversations au bureau au centre de nos modes d’échanges.

Traiter ses mails peut prendre environ 2 heures par jour, il ne s’agit pas de remplacer ce temps par 2 heures de réunion qui ne sont pas toujours des conversations mais reprenons simplement l’habitude d’aller vers l’autre, d’aller lui parler, d’aller lui demander son avis , son point de vue et ainsi pourrons nous aussi améliorer notre bien être dans l’entreprise, sans parler de la productivité de l’entreprise qui inévitablement y gagnera aussi.
Par des actions simples, des actions de bon sens,relançons des sujets de conversation dans nos entreprises, pour aller vers l’autre pour comprendre ses besoins, ses questions, ses interrogations, ses craintes, ses besoins. A l’instar d’entreprise comme Sales Force créons des espaces dédiés aux échanges, à la méditation ou à la conversation.

La conversation en entreprise est un garant de la cohésion sociale et du développement de chacun.

Nous devons apprendre à maitriser tous ces nouveaux outils de conversation, nous devons accepter que les mails ne sont pas des outils de conversation mais apprendre à nous servir des réseaux sociaux pour lancer de nouvelles conversations, humaniser nos conversations via les SMS en utilisant les Emojis qui sont la première étape vers des conversations mondiales.
Nous devons surtout apprendre à nouveau à gérer le temps et à ne faire qu’une seule chose à la fois lorsque nous conversons avec quelqu’un, nous devons retrouver la gourmandise des conversations et l’audace de nous mêler à des conversations juste pour le plaisir des bonnes surprises que l’on y trouve.

Les conversations quelque soit leurs formes sont le socle de notre vie en société – pas de cette société où l’on dit qu’il faut vivre avec les autres mais d’une société plus ouverte où il faut que nous apprenions à faire avec. Voilà d’ailleurs le sens original de conversation : faire avec.

A l’image de certaines villes à l’étranger (Amsterdam ou New-York) ou en France (Montpellier) il faut laisser les conversations investir les lieux publics, il faut favoriser le retour du mobilier urbain où l’on peut à nouveau simplement converser, se retrouver ensemble pour un moment d’échange naturel et simple. Comme le dit l’architecte Roland Castro il faut rendre les villes et les immeubles conversationnels.

Non nous ne sommes pas à la veille de voir les conversations disparaître mais nous devons être vigilants pour qu’elles grandissent et se propagent aussi vite que les nouvelles technologies du monde qui vient.

Osons les conversations, retrouvons leur légèreté, leur enthousiasme et leur force. Soyons les Conversateurs du XXIème siècle : le monde ne sera que plus curieux et plus bavard.

Auteur de Osez les Conversations, Editions Eyrolles, sortie le 6 Avril 2017

Les principes simples à prendre pour faciliter les conversations en entreprise :

– Rester ouvert aux autres à ceux qui travaillent à côté de soi
– Se poser la question du bien fondé d’un e-mail plutôt que d’un appel téléphonique ou d’une visite
– S’interdire d’envoyer un mail a quelqu’un qui se trouve sur le même plateau que soi ou dans le bureau d’à côté
– Se poser la question des destinataires de ses conversations digitales, faut-il autant de personnes en copie ?
– Penser à poser des questions pour comprendre à qui l’on s’adresse
– Adapter sa conversation en fonction du lieu où elle se déroule
– Avant d’entamer une conversation écrite, par mail par exemple, il faut prendre le temps de réfléchir à ce que l’on écrit, à ce que pourra ressentir l’autre en lisant. La distance de le conversation doit rendre encore plus attentif à l’autre.
– Définir une hierarchie et un rôle aux moyens de conversations :
o 1/ la conversation physique l’échange qui permet de mieux se comprendre qui permet de prendre le temps de se préoccuper de l’autre, de prendre en compte son point de vue, elle permet cette conversation un échange plus riche plus complet, c’est une conversation qui nécessite du temps
o 2/ la conversation téléphonique qui permet de faire passer des variations de ton et donc qui donne plus de proximité et de clareté à sa conversation
o 3/ la conversation par mail, qui doit être précise et limitée dans les interlocuteurs, où l’on fera attention à ne pas donner le sentiment que l’on agresse son interlocutaur par le ton employé et par le nombre de destinataire choisi
– Savoir prendre le temps avant de répondre à une conversation numérique
– Quelque soit le support de la conversation que l’on utilisera il faut conserver un ton vrai et naturel
– Prendre en compte le point de vue de l’autre
– Se poser la question avant d’envoyer un message ou e-mail, s’il vaut la peine d’être envoyé et ne peut il pas etre remplacé par un autre vecteur de conversation plus aproprié et plus en phase avec les attentes de nos interlocuteurs.
– Ne faire qu’une chose à la fois quand on converse par mail ou par téléphone
– Ne pas parler pour ne rien dire
– Savoir mettre un terme à une conversation


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